Et du coup, ça pue le travail, aussi...
Or crouler sous le travail, ça me coupe le stylo, et donc le clavier...
Donc d'ici fin juin, je risque de ne plus être très productif, amis, vous m'en voyez désolé... (de toute façon, ça se voyait, non? :-) )
Tout a commencé comme ça : « Tu ne viendrais pas demain à vélo aux Facs ? »… Style oral, rien à dire, normal, ce sont les propos d’un pote… Et Vlan, l’idée d’écrire ceci (oui, car si on prend le départ de tout… ben faut remonter bien loin…).
Donc : « Tu ne viendrais pas demain à vélo aux Facs ? »
Non, je ne viendrai pas demain à vélo…
A St Louis, des étudiants dont je faisais partie, ont initié un jour un Cercle de réflexion sur l’écologie… Projet louable, et qui aurait pu se montrer ambitieux. On y croisait des jeunes universitaires de tout poil, il s’y discutaillait de toutes les idées, des plus tristement réalistes aux plus joyeusement subversivo-excentriques…
Vous aurez remarqué, plus haut, l’imparfait marquant mon appartenance à ce groupe. Je le regrette… Mais comme souvent, quand on crée un projet riche de tout qui veut, on trouve toujours des heureux-de-tourner-en-rond. Des gamins frustrés et ambitieux, des fades, costumés, bien coupés, bien coiffés… Animateurs de bocaux à poissons rouges, qui jouent toujours des mêmes idées vides, conférences froides, visionnages de films étiquetés, et autres joyeusetés anti-communicantes…
Dernière élucubration en date, donc : durant deux jours, le CRESL, comme il se nomme dans un rassurant manque de piquant, le CRESL donc, se sert de ses précieux subsides (mal accordés, il faut le dire, c’est pire que les guitares de Tokyo Hotel, m’enfin, on connait la musique…) pour offrir un petit-déjeuner, ou un « en-cas » (ça aussi c’est de la com’ précieuse… non, sans ironie, juste à la Molière…) à tout qui viendra à l’unif’ à vélo, ou tout qui se ramènera un casque sur la tête (un casque de moto, c’est bon ?).
Il faisait mauvais, aujourd’hui, premier jour de l’épreuve. Prétexte tout trouvé pour ce premier échec, qui ne surprend visiblement que les membres de l’organisation…
Alors, non, je ne viendrai pas demain à vélo, pas une fois, pas deux, ni pour leur faire plaisir, ni pour me donner bonne conscience…
Il y avait des idées extraordinaires, au départ, dans nos discussions improvisées… Benoit avait même proposé de faire imprimer des autocollants « JE POLLUE, ET J’EN SUIS FIER ! », qu’on aurait collé sur les gros 4X4 de ville et autres bagnoles scandaleuses… C’était délicieusement subversif, et moins méchant qu’une crevaison de pneus stupide qui ne fait réfléchir personne… Mais il s’est trouvé des esprits chagrins pour invoquer même la pollution qu’occasionneraient l’impression des autocollants et le gaspillage sous-jacent…
Alors, au lieu de cela, on a projeté (ils ont projeté, j’en pouvais déjà plus…) « Le Cauchemar de Darwin »… Un film sur la mondialisation… et on parlait d’écologie… joli…
Du moment où il a été question de jouer avec le corps académique et l’institution universitaire, du moment où il a fallu rédiger des statuts pour canaliser la soif de pouvoir de certains qui se prenaient pour des rois… Tout était condamné… Et tout est mort-né…
Il ne fallait pas échanger de la bouffe contre deux coups de pédale, faire semblant d’agir pour se donner bonne conscience… C’est contre ce mécanisme que je me pose. Alors non, décidément, je n’irai pas demain à vélo aux facs…
Je ne viendrai pas à vélo car ce qu’il aurait fallu…
Ce qu’il aurait fallu, c’est jouer les « Yippies » (à ne pas confondre avec les hippies, très différents…), monter le mai 68 de l’environnement, 40 ans après la révolution des mœurs, révolutionner le développement, durablement…
C’eut été si simple à lancer : coller les autocollants de Benoit, en masse, prévenir la presse de cette campagne, en constater les effets, à quelque niveau que ce soit, trouver des journalistes un tant soit peu humanistes pour nous couvrir, un peu… Grossir le trait, toujours… Ecrire des cartes blanches, pourquoi pas, sur un ton incendiaire, un ton piquant, quelque chose qui aurait attiré le chaland…
Et puis recontacter tout ce beau monde, encore, et annoncer un sit-in d’une centaine de personnes, au moins, bloquant le parking des Facultés Universitaires St Louis… Les étudiants révoltés… Bloquer en fait le parking à dix ou vingt clowns, de trente-six façons différentes, plus bruyantes les unes que les autres, refuser de bouger pendant que des tas d’activités seraient proposées à tous sur le parking déserté par ses voitures… Un barbecue géant à l’approche de l’été…
Pour négocier, en appeler au Recteur, lui proposer un hot-dog, résister passivement à tout, à tous, y compris aux flics, et faire les gros titres, le journal télévisé, et puis poursuivre… Organiser un grand rassemblement dans le Parc du Botanique, ouvert à tous les sympathisants de la cause écologiste, du développement durable, du vélo, d’un peu tout… S’organiser avec d’autres organisations, associer nos associations, le collectif Vélorutions !, ou n’importe qui, des fous, des rigolos, des un peu extrémistes du vert, des sympa, des ouverts…
Gueuler contre les réappropriations du mouvement… Refuser les étiquettes, simplement s’amuser, rire, faire rire, faire avancer sans se presser, mais avec le sourire…
Puis décider d’une dissolution en pleine gloire, après avoir secoué le cocotier, avant que tout le monde ne s’essouffle.
On aurait pu réapparaitre, ailleurs, autrement, surprendre… Même pas besoin d’être nombreux… Mais on aurait fini par l’être, nombreux, la subversion poétique, originale, tendre mais résolue, et surtout, bien transmise, ça réveille toujours…
On aurait pu proposer à Noel Godin d’être notre parrain, aux gloupinesques disciples des associations farceuses… On aurait gonflé un énorme ballon de baudruche, face aux autruches, qui auraient sorti la tête du sable… Et puis on le leur aurait fait péter à la figure…
On n’aurait pas changé le monde, certes… On aurait même rien changé du tout sans doute… Mais on aurait fait rire du monde, du rire franc et joyeux de ceux qui assistent à un spectacle comique et conscient de l’être…
Aujourd’hui, certains rient jaune et beaucoup se moquent, d’une initiative un peu pauvre, un peu désorganisée, et les moqueries n’apportent pas vraiment de quoi nourrir le rire… On a décidément perdu sur tous les tableaux, qu’on soit membre du CRESL, ou simplement écolo transgressif…
De toute façon, l’écologie, ça sert à rien… De toute façon, c’est du développement durable qu’il nous faut, c’est tellement plus vaste… Et ça passe tellement par le développement humain… On aurait pu s’unir autour d’un projet porteur, et commun, à notre échelle, commun comme le développement dont le monde a besoin…
On aurait pu créer une dynamique de groupe, un vrai sens, réfléchir plus loin que pour se donner simplement une image, une distinction ou une bonne conscience… On aurait pu tenter, réellement, d’éveiller quelque chose chez les gens, au moins chez quelques uns…
Déborder du cadre, submerger les barrières et les digues de la pensée encadrée, académique, autorisée…
Au lieu de cela, ils se sont réduits, quel manque de dignité quelque part, à un but ô combien plus noble : l’obtention pour les Facultés du label éco-entreprise…
… alors non, je ne viendrai pas à vélo aux facs demain…