Le refuge, sous jauge, se change
en manoir désert, à travers les
murs errent nos fantasmes.
Immobiles. Car qui pourrait,
enfin, connaitre la raison de
ce triste massacre, Sire, alors que
nos corps pourrissent là, abandonnés
de tous ? Qui sait que nous en
sommes réduits à chair nécrosée,
puante, décomposée? A s'aventurer
trop loin au coeur de cette montagne,
enfermés entre deux bouts de glaces
immenses, l'eau gelée refroidit les coeurs.
Et le Roi ne reviendra plus, perdu
en ses crevasses. L'aube s'enfuit,
et nous disparaissons pour le jour.
Et le Roi ne reviendra plus, sa protection
disparue, nous, déchus, abandonnés,
restons, êtres morts, sous les stalles
du palais glacial, plein Soleil.
Teigneux, discret, chacal, il est
venu de nuit, le Borgne qui
a égorgé mes enfants en leurs sommeils.
Femme disparue en lambeaux de
vie éparse, déchirée... Ton
corps glacé me manque déjà,
refuge des épreuves impies.
Quelle autre religion que nos
amours? Temple si doux, ta
bouche... Que courir, alors
que les draps défaits éternels, et glacés,
ne nous ont plus enserrés depuis
trop longtemps? T'égareras tu entre
nous, le Temps? Quel chemin tortueux
te mène? T'égareras tu entre nous?
Où court-elle donc, la rivière
de nos amours naïves ?
Ou ne le seraient elles plus ?
Plut à notre amour de ne pas nous
abandonner, alors que je t'attends,
je t'ai préparé le petit déjeuner...
Cimetière des ombres, désert,
glacier, crevasse et goufre,
logerais-jeu seul au fond
de mes nuits sans sommeil ?
Entre les morts, fantomes,
qui erre en ce manoir? Suis
je donc vivant, ou mort?
Il semble... que j'en tremble...