« Vous avez déclaré que Sarkozy était un « soixante-huitard » contrarié...
Oui, comme les gauchers contrariés. Pendant Mai 68, on appelait à «jouir sans entraves » et c’est exactement ce qu’il fait. C’est un gamin qui tape sur une chose et qui en profite tous les jours ! Qui mange du gâteau toute la journée et qui dit « gâteaux interdits » ! De Gaulle serait zinzin s’il voyait ça. Sarkozy est un enfant né de l’évolution de 68. Toujours dans la transgression et la provocation. Mais tous ceux qui profitent de 68 ne me paraissent pas sympathiques...
Est-ce à dire, qu’à vos yeux, ses attaques contre ce mouvement sont purement électoralistes ?
Bien sûr, c’est ainsi qu’il espère ressouder la droite et recréer le climat de la vague bleue, comme à l’époque de De Gaulle. Son souci n’est pas la vérité. Cet homme est en pleine contradiction. J’aurais bien voulu savoir si, lors de son voyage à Rome, il a demandé au pape combien de fois un croyant avait le droit de divorcer. Le discours anti-68 de la droite est de la mauvaise foi.
Sarkozy n’est pourtant pas le seul à avoir associé Mai 68 et individualisme...
Il ne faut pas confondre autonomie et individualisme. Jusqu’en 65, les femmes devaient demander l’autorisation à leur mari pour ouvrir un compte en banque. Mai 68 a été une réaction presque planétaire. Une révolte par rapport à une situation précise et à un climat ambiant.
Qu’est-ce qui, plus précisément, n’est pas resté de Mai 68 ?
Toute la fin 68, quand on criait « élections, piège à cons » et qu’on préconisait de passer outre, à travers ou à côté du système démocratique. Il y a aujourd’hui une vraie dialectique entre mouvement social, mouvement de société et majorités parlementaires...
Y aurait-il actuellement, selon vous, les bases d’un nouveau Mai 68 ?
Bon, soyons clairs, il ne reste rien de Mai 68 ! La société n’a plus rien à voir. La société d’aujourd’hui est anxieuse et n’a pas confiance en son avenir. Elle est injuste et elle se cherche. En 68, on ne connaissait pas les défis de l’écologie, de la mondialisation planétaire.
Plus modestement, si vous étiez au pouvoir, vous auriez interdit la cigarette..
On n’a pas interdit la cigarette. Moi qui ne fume pas, je pense que j’ai le droit de ne pas fumer quand je suis dans un bar. C’est comme réglementer la vitesse sur la route. Interdit d’interdire, avant, ça signifiait aussi « interdit d’interdit d’interdire !». C’est plus subtil, plus poétique qu’on ne le pense."
Entretien tiré du site internet de Daniel Cohn-Bendit
Autres liens concernant l'homme :
-la page wikipedia le concernant...